La modicité des transactions les met dans une situation difficile depuis 2008.
Licenciements en douce, redéploiement du personnel… des solutions provisoires en attendant un retournement du marché.
Si 2013 reste sur le même trend que l’exercice précédent, certaines sociétés de Bourse indépendantes risquent de mettre la clé sous le paillasson.
En 2012, la bourse de Casablanca a perdu 15,31% de sa valeur, portant la contraction de la capitalisation boursière à plus d’un tiers depuis les plus hauts de 2008. Cette situation a eu un impact direct sur les portefeuilles titres et le moral des petits porteurs qui ont vu une grande partie de leurs économies partir en fumée. Ceux qui avaient opté pour la gestion collective perdent également de l’argent, mais dans une moindre mesure. Les conséquences sur l’activité économique des entreprises devraient également se faire ressentir à long terme, mais pour l’heure, ce sont les sociétés de Bourse qui agonisent… en silence.
Depuis 2008, les bénéfices des sociétés de Bourses se sont stabilisés, sans que cela soit alarmant, car les courtiers de la place ne puisaient pas encore dans leurs réserves. Ce n’est qu’à partir de 2011 que leurs résultats montraient une dangereuse fragilité. La principale cause de cette dégradation est la baisse des volumes de transactions desquelles les SDB tirent le principal de leur chiffre d’affaires à travers des commissions de courtage. De 163 Mds de dirhams en 2007, les volumes ont atteint 103 Mds de dirhams en 2011, soit une baisse de 37% de l’activité sur la période, ce qui se répercute d’autant sur les revenus du secteur. La délicatesse de la situation se faisait déjà ressentir car les indépendants, ces SDB non adossées à des groupes bancaires, avaient tellement puisé dans leurs réserves que leurs capitaux propres atteignaient le minimum légal instauré par le CDVM. A l’époque déjà, les voyants étaient rouges.
Mais la situation semble avoir empiré en 2012. Car, durant l’année écoulée, la volumétrie a baissé pour atteindre 61 Mds de dirhams, soit une baisse additionnelle de 40% par rapport à 2011. Inutile de dire que tout le monde s’attend à des résultats catastrophiques lors de la publication des résultats des courtiers dans quelques mois.
Baisse continue des volumes
La baisse continue des volumes de transactions (-62% depuis 2007) qui accompagne la baisse des valorisations boursières (-36% depuis 2008) a été expliquée ces deux dernières années par l’attentisme des investisseurs particuliers et institutionnels. Un trader de la place nous explique que «Les gérants d’OPCVM ne veulent ni acheter ni anticiper la baisse et vendre. Pour eux, le risque est de voir le marché se retourner à la hausse après avoir allégé leurs positions et faire moins bien que leurs benchmark». Un gérant action rajoute que «par les temps qui courent, je ne fais rien, je touche mon salaire et je surveille mes pondérations. De toute façon, ce sont les porteurs de parts qui subissent la baisse du marché. Moi, mon job est de surperformer l’indice». Chose qu’ils ont presque tous réussi à faire en 2012 grâce à la diversification de leurs portefeuilles.
De leur côté, les particuliers qui avaient l’habitude de profiter des yoyo à court terme et générer un peu de chiffre d’affaires aux SDB n’arrivent plus à se positionner. A ce titre, notre trader déclare que «la conséquence d’une baisse sans volumes est que les rebonds se font également sans volumes, ce qui leur donne un caractère vif et rapide. Même les petits porteurs ne peuvent plus se positionner lors des phases de rebond à bon compte».
Des licenciements en douce
Pour préserver leurs images «prestigieuses», les sociétés de Bourse souffrent en silence. Elles ne montent pas au créneau comme dans d’autres secteurs pour dénoncer la gravité du problème. Toutefois, à l’intérieur de ces bureaux feutrés regroupés dans les prestigieux quartiers de Casablanca, l’ambiance est électrique. L’année 2012 a été caractérisée par beaucoup de licenciements et tous les métiers de la banque d’affaires et d’investissement, courtage compris, sont touchés. Des analystes, des traders, des négociateurs, le personnel de backoffice et même des gérants actions ont été remerciés et priés de ne pas en parler en contrepartie d’indemnités de départ «alléchantes». Même chez les filiales de groupe bancaires, des redéploiements ont été imposés vers la banque classique. Les plus chanceux, sans doute de bons éléments, se retrouvent dans l’activité banque privée en tant que conseillers de patrimoine, et tout cela pour alléger la masse salariale qui est le principal poste de charges dans le secteur.
Bref, rien ne va plus pour les sociétés de Bourses et tout le monde se demande si certaines ne couleront pas si 2013 s’inscrit dans la même tendance que 2012.
A. H.
Des allers-retours à prix bradés
Les volumes importants observés lors des deux dernières semaines de décembre 2012 paraissaient comme un soulagement pour les courtiers de la place. Il n’en est rien. Plusieurs traders questionnés et appartenant à plusieurs sociétés de Bourse nous déclarent qu’ils ont consentis des commissions extrêmement basses aux OPCVM pour les attirer vers leurs sociétés de courtage durant cette période. Le chiffre d’affaires du mois de décembre était médiocre, selon nos sources. De plus, les gérants d’OPCVM filiales de banques ont été priés, pour certains, de favoriser les SDB du groupe dans leurs allers-retours, même si d’autres courtiers proposent de meilleures conditions de traitement. Une concurrence peu loyale, difficile à prouver, et qui défavorise les indépendants.
financenews.press.ma

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