Sources de financement de l’économie : La crise contraint à fermer les vannes


Dans le milieu bancaire, on parle d’un coefficient d’emploi au-dessus de 100%.
La capacité du système bancaire à répondre aux besoins de financement des entreprises se trouve largement affectée.
Depuis 2010, la croissance du marché des OPCVM a commencé à s’essouffler.
Les contraintes de Bâle II ont considérablement limité la marge de manœuvre des banques commerciales internationales.
Il y a deux ans, les pouvoirs publics criaient sur tous les toits que le Maroc avait fait preuve de résilience face à la crise internationale. Aujourd’hui, on se rend à l’évidence et on admet  que le fléchissement de l’activité économique observé au niveau mondial, et en particulier dans la zone euro, notre principal partenaire, n’a pas manqué de se répercuter négativement sur la demande mondiale adressée au Maroc, creusant le déficit de la balance commerciale et celle des paiements, réduisant ainsi les marges en matière de réserves de change.
Face à cette situation, les pouvoirs publics sont appelés à faire face aux enjeux de la crise, mais tout en persévérant dans la poursuite de la réalisation des différents chantiers entamés. Ils sont appelés au renforcement de la compétitivité, à la promotion de l’emploi, au rétablissement de l’équilibre budgétaire, au redressement des équilibres extérieurs et à l’amélioration des avoirs extérieurs. Des objectifs qui, au demeurant, nécessitent des fonds importants.
Sources de financement : quel impact ?
A ce sujet, il est important de noter que dans un contexte si pénible, les sources de financement se sont relativement asséchées.
La dette du Trésor étant considérée comme la principale source de financement de l’économie marocaine s’est caractérisée par une surveillance sans précédent. Inutile de rappeler à cet égard les niveaux de la dette publique, atteints par des pays européens et qui a pesé lourdement sur la notation effectuée par les agences de rating. L’encours de la dette intérieure du Trésor au Maroc est passé de 292,2 Mds de DH en 2010 à 331,3 Mds de DH en 2011, soit 41,3% du PIB. L’encours de la dette extérieure est passé de 92,4 Mds de DH en 2010 à 99,6 Mds de DH en 2011, soit 12,4% du PIB. D’une manière globale, la part de la dette publique du Trésor représente 53,7% du PIB à fin 2011. Un niveau jugé actuellement normal par les pouvoirs publics. Toutefois, cette situation interpelle à plus d’un titre dans la mesure où certains pays européens qui, il y a deux ou trois ans, avaient des taux similaires, se retrouvent aujourd’hui avec des pourcentages de la dette publique dépassant les 100%.
Une autre source de financement n’a pas échappé aux feux de la crise internationale, il s’agit des crédits bancaires.
Depuis 2010, on remarque que la croissance des crédits à l’économie est supérieure à celle des dépôts. On commence alors à parler d’un coefficient d’emploi au-dessus de 100% depuis 2010. Ajoutons à cela que des entreprises relevant de secteurs en crise se voient refuser des crédits par les banques. A cause d’un déficit de liquidité qui frôle les 60 Mds de DH, les établissements bancaires rejettent des dossiers de crédit pour le moindre détail. D’aucuns considèrent qu’en cas de statu quo, nous risquons le crédit Crunch, comme cela s’est passé en Grèce. Tout cela laisse prédire que la capacité du système bancaire à répondre aux besoins de financement des entreprises se trouve largement affectée.
Concernant le marché de capitaux, si on prend le compartiment boursier, on remarque que la majorité des introductions se fait par cession de capital. Aussi, nous assistons depuis 2010 à un essoufflement du marché des OPCVM . Comme l’a expliqué H. Tawfiqui, administrateur directeur général à CDG Capital à l’occasion du séminaire sur la titirisation : «un besoin de distiller rapidement une forte culture «risk/return», au sein de la communauté des investisseurs afin d’assurer une meilleure diversification et un meilleur arbitrage entre les différentes classes d’actifs, se fait sentir».
À noter que la crise a impacté négativement les créanciers étrangers. Aussi, les contraintes de Bâle II ont considérablement limité la marge de manœuvre des banques commerciales internationales. Dans un contexte pareil, on assiste à un retour en force des banques de développement internationales (BAD, BIRD, BEI…), mais qui a des limites.

Les investisseurs financiers étrangers sont à leur tour tétanisés par la crise de la dette souveraine européenne. Après trois années successives de baisse, les flux d’IDE vers le Maroc  ont enregistré une forte progression de 60% en 2011, s’établissant à 2,5 Mds de dollars contre  1,6 milliard en 2010. La répartition géographique montre que la France, premier investisseur au Maroc, a vu ses investissements baisser en 2011 à 8,5 Mds de DH contre 20,5 Mds en 2010. D’autres pays ont augmenté leurs investissements au Maroc, comme les Emirats Arabes unis et l’Arabie Saoudite avec 4,5 Mds de DH contre  2,6 Mds de DH en 2010 pour le premier et 1,6 contre 0,6 milliard pour le second. Ceux qui sont en provenance des Etats-Unis sont passés de 0,6 à 1,1 Md de DH.

On remarque que, prises globalement, les différentes sources de financement de l’économie ont été affectées par la crise internationale. D’où la nécessité de promouvoir les autres sources de financement. On ne peut continuer à augmenter les dépenses avec des sources de financement limitées sans risquer l’asphyxie.
L’épargne reste somme toute limitée et n’arrive pas à financer les grands chantiers. Les différents plans d’épargne lancés dans le cadre de la Loi de Finances 2011 n’ont pas eu les effets escomptés… 
  
 Par Soubha Es-siari : financenews.press.ma
 
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